Les web-tv : mythe et réalité
Compte rendu d'une table ronde sur les web-tv d'information lors des secondes assises du journalisme à Lille.
Sous l'intitulé « Forums national des web-tv d'information », en ouverture des secondes Assises du journalisme à Lille le 21 mai, se cachait en réalité une concertation – peut-être un peu convenue - sur le statut du journaliste à l'heure du web 2.0 et sur les modèles économiques de la presse d'information en ligne.
Si la définition du journaliste a bien été remise en mémoire pour rassurer la profession face aux « vilains blogueurs » et aux accros au participatif (le journaliste, lui, sélectionne, édite, hiérarchise, contextualise, donne du sens... bla bla), aucune définition précise d'un « web-tv » n'a réellement été donnée. Au final, le terme a pris ici la forme évolutive, et parfois disgracieuse, des différents intervenants :
- John Paul Lepers, ancien « toufou » de Karl Zéro, désormais chômeur revendiqué et journaliste bénévole sur http://www.latelelibre.fr
- Olivier Clech, rédacteur en chef du site web du quotidien breton http://www.letelegramme.fr
- David Dufresne, journaliste chez http://www.mediapart.fr, le site d'Edwy Plenel, et également ardent défenseur des logiciels libres (un ami, en somme)
- David Botbol, directeur de l'information et des sports sur France Television Interactive.
D'autres acteurs du milieu – des journalistes de rue89.com, observers.france24.com et de regardeavue.com furent les plus intéressants – sont venus diversifier le propos, rendant les échanges souvent instructifs, parfois totalement hors de propos. Avec ces sources très diversifiées, le travail de l'animateur de cette rencontre, Jacques Rosselin, pionnier en matière de web-tv avec Canal Web (décédé dans la douleur en 2002) fut des plus difficiles. Il s'en est néanmoins tiré avec brio.
Alors ? Quid de la web-TV ? Chez tous les intervenants, le mot « laboratoire » fut celui qui rencontra l'écho le plus favorable. Si laboratoire il y a, c'est que la formule parfaite n'a pas encore été trouvée, alors on teste : dans les médias traditionnels s'essayant à la vidéo sur le web, on adapte le format, on rallonge à l'aide de rushs non utilisés (France Television) ou on crée son propre flash info quotidien avec une présentatrice pas très sexy (Le Télégramme). Sur The Observers, site web affilié à France 24, l'image en provenance de la toile est la matière première pour les journalistes : les récents tremblements de terre en Chine ou le cyclone en Birmanie ramènent leur lots d'images amateurs, qui, une fois retravaillées avec une « vraie couche journalistique », donnent une info originale et consistante.
Sur les médias spécifiquement web – comprendre par là qu'ils ne sont pas adossés à une activité de presse traditionnelle ou n'obtiennent pas d'aides publiques - les innovations sont plus présentes : sur Rue89, l'article multimédia prend tout son sens, l'écrit est juxtaposé à la vidéo et au son, formant un tout, dense et complet; sur regardeavue.com, on privilégie les licences Creative Commons afin de diffuser un maximum son contenu sur d'autres plateformes ; sur la latelelibre.fr ou Mediapart, l'idée est de « s'affranchir du format JT », de proposer des reportages plus longs, presque des documentaires.
« Les gens sont-ils prêt à repayer pour avoir de l'info de qualité ? » : cette question anodine de Julien de The Observers lancera le débat du modèle économique, sur fond de bataille déontologique. La publicité étant « la pire des solutions », certains de ces médias-activistes on fait le choix du bénévolat (latelelibre.fr, regardeavue.com), d'autres, comme Mediapart, ont choisi leur camp : faire payer l'internaute. Actuellement, le site dispose de 7500 abonnés, il lui en faudrait 60000 pour être viable. Derrière ce beau rideau de fumée idéaliste, une partie de l'assistance reste sceptique, les étudiants en journalisme surtout.
Ces derniers réagiront vivement également lorsque certains journalistes prôneront le retour à une spécialisation des métiers. A l'heure où le journaliste web se doit de savoir écrire, filmer, monter, enregistrer et gérer des contraintes informatiques inhérentes au métier, cette prise de position fait effectivement grincer des dents et semble bien éloignée de la réalité. Comment, en effet, imaginer qu'une véritable équipe de télévision puisse travailler sur le web si aucun site n'a encore trouvé de modèle économique viable ? « Tout le monde voudrait être plurimedia » aimerait conclure le directeur de l'école de journalisme de Toulouse, alors même que son établissement est incapable – comme la plupart des écoles de journalismes en France – de proposer une formation de journaliste web digne de ce nom.
Cette table ronde a au final posé beaucoup questions, mais n'a apporté que peu de réponses. On retiendra au final un chiffre, 150, soit le nombre de web-tv (comprendre site d'information proposant de la vidéo) qu'un étudiant en journalisme aurait recensé en France. A l'heure de la suprématie des fourre-tout à images comme Youtube et Dailymotion, ce chiffre a quelque chose de définitivement rassurant...
Retrouvez en vidéo l'intégralité de la table ronde sur www.blog-video.tv (prise de son médiocre et cadrage hasardeux mais l'intention était bonne...)
Site des Assises du journalisme

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