Pierre Pronchery: Nous sommes à Bruxelles, sur le campus de l'Université Libre. Nous sommes le 8 février, et aujourd'hui se trouve le FOSDEM, la grande messe des développeurs du logiciel libre. Environ 5000 personnes se retrouvent ici, sur le campus et donnent conférences, ateliers... PP: Cela fait depuis 1999 que je m'intéresse à Linux. J'étais encore un lycéen à l'époque, et j'ai tout de suite adhéré à la philosophie du logiciel libre. J'ai fait des études ensuite en informatique, où j'ai développé mes compétences Linux, et étendu aussi mon savoir en dehors des frontières, puisque ce genre de conférences m'a permis de voyager, de rencontrer des développeurs, de progresser... J'ai trouvé du travail en Allemagne par exemple, aujourd'hui en France à nouveau. Mais j'apprécie vraiment l'ouverture d'esprit que cela produit. Stéphane Cnockaert: Pierre Pronchery, pourquoi, à votre avis, la revue Elektor s'intéresse au FOSDEM 2009? PP: Disons que la communauté du libre aujourd'hui s'introduit dans le monde embarqué. Il y a de plus en plus de solutions existantes qui arrivent aujourd'hui, car le noyau Linux peut être porté de manière relativement rapide et efficace sur de nouvelles plate-formes. On rejoint l'électronique aujourd'hui, il y a de plus en plus de développement libre matériel, et on a besoin de compétences en électronique, de partage de savoir, et c'est quelquechose que Elektor fournit certainement depuis des années. SC: Pierre Pronchery, en quoi Linux pourrait-il eveiller l'interet des developpeurs hobbyistes et semi-pros? PP: Alors, Linux fournit un environnement de developpement, meme de multiples environnements de developpement accessibles a tous. Fortement documentés, par des hobbyistes d'ailleurs, car ce n'est pas un systeme juste pour les professionnels, c'est vraiment fait par des hobbyistes logiciels. Donc il n'y a pas de limites, pas de frontières a la creativite, et on peut rentrer facilement dans le monde de Linux d'une maniere ou d'une autre. Il y a toujours une porte ouverte. SC: Pierre Pronchery, pour un développeur hobbyiste ou semi-pro, quelles sont les connaissances et les outils requis pour rattraper le train Linux? PP: Disons qu'il y a des dizaines de langages de programmation differents, des dizaines d'environnements differents, et on peut vraiment choisir celui qui nous convient le plus. Alors évidemment quand on en connait encore aucun, il faut choisir: il faut contacter des gens, il faut s'informer sur internet... Et on peut aussi s'en sortir tout seul, il y a beaucoup d'auto-didactes. Mais vraiment le mieux c'est de rencontrer des gens, de participer à ce genre d'événement par exemple, pour avoir une bonne introduction, et apprendre des autres ce qui peut vraiment nous intéresser en particulier. [changement de plan] SC: Pierre Pronchery, savez-vous que de plus en plus nombreux sont les hobbyistes et semi-pros désirant développer à bon compte des petits projets ou des gadgets, construits sur le modèle des petits GPS autonomes? PP: Oui, tout à fait, la communauté grandit de plus en plus, et les matériels proposés également. Aujourd'hui, il y en a beaucoup qui sont encore un petit peu plus complexes qu'un simple GPS, mais nous travaillons pour justement fournir des appareils plus simples, avec des fonctionnalités distinctes, et dans des ordres de prix plus accessibles, de plus en plus accessibles. Les fabricants taiwanais également, les fabricants de matériel en général, essaient de plus en plus de fournir des matériels ouverts, que nous puissions modifier. Comme l'Openmoko par exemple, ici, qui a été développé entièrement ouvertement: on peut avoir les spécifications du boitier, du PCB (de la plaque électronique); on peut le modifier, l'étendre: c'est complètement ouvert, autorisé, voire encouragé. SC: Pensez-vous que la communauté de développeurs Linux est techniquement capable de développer en tant que projets du libre, une série de pilotes pour blocs fonctionnels installés dans une puce FPGA? PP: J'ai remarqué qu'il y a des communautés du libre qui sont adeptes du FPGA, qui travaillent par exemple en cryptographie beaucoup, et avec d'autres usages. Aujourd'hui il y a des personnes très, très compétentes dans le domaine du FPGA qui font du logiciel libre lié au FPGA. J'encourage donc à chercher sur internet, dans la communauté, ces développeurs. SC: L'appareil que vous venez de présenter comporte t-il un port USB host, qui pourrait agir en forme de passerelle, pour venir y connecter d'autres hardware, d'autres périphériques? PP: Oui tout à fait! Le port USB est d'ailleurs situé sur la tranche ici, au format Mini. Il peut fonctionner à la fois en mode client et en mode hôte, et se connecter à une imprimante, à un scanner, à une webcam... Et cela va marcher directement. SC: Pierre Pronchery, la qualité graphique et ergonomique des iPhone et iPod touch constitue un idéal à atteindre. Qu'est ce que le monde du libre propose comme interface graphique et comme interface logicielle pour atteindre ce but? PP: Alors je dirais qu'elle fournit à la fois trop et pas assez... Trop dans le sens où il y a vraiment une multitude de différents environnements qui sont disponibles, qui viennent de GNOME, qui viennent de différents projets. Mais le problème c'est qu'il n'y a pas encore de cohérence globale, et il y a encore un petit peu de travail à fournir pour le rendre vraiment utilisable, aussi réactif, aussi agréable qu'un iPhone. Mais nous y travaillons, la communauté y travaille, et on espère fournir très bientôt des téléphones libres, vraiment fonctionnels, cohérents et utilisables. SC: Linux est un système d'exploitation portable. Le noyau Linux doit-il donc être recompilé à chaque fois que l'on change de matériel? PP: Oui, il faut recompiler le noyau Linux sur nouveau matériel, mais les programmes applicatifs qui sont utilisés peuvent être partagés entre les différentes plate-formes ARM qui ont les mêmes propriétés par exemple. SC: On parle beaucoup de Java, qui lui est basé sur le slogan "Compile once, run anywhere". Si par exemple Java tourne sur un petit noyau Linux, on a finalement le même avantage...? PP: Oui, même plus, car Java est en bytecode, c'est à dire c'est interprété de la même manière quelque soit le matériel, vu qu'il y a une machine virtuelle entre le matériel et le programme Java. SC: Si par exemple, on décide de rester dans la famille ARM. Peut-on dire que Java présente un quelconque intérêt? PP: Je pense que les fabricants d'ARM eux-mêmes sont conscients de l'intérêt de Java, car ils ont développé une version du processeur qui facilite, qui accélère l'installation de machine virtuelle Java directement. SC: S'agissant de la réutilisation de platines, circuits et logiciels existants, pensez-vous que Elektor enfreigne la doctrine du libre, en favorisant l'éclosion d'une nouvelle génération de développeurs hobbyistes et semi-pros, qui fonctionnerait sur le mode du hacking pacifique? PP: Alors pas du tout, au contraire. L'intérêt du libre c'est justement le partage de la connaissance, le partage du savoir, et la multiplicité des solutions. SC: Quelle sera la voie pratiquable dans l'immédiat? PP: Il faudra redistribuer les sources, si on veut redistribuer le travail qui est lié à ce logiciel. Et du coup, tout le monde en bénéficie.