Mastodon dégraisse le micro blogging

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Bearstech | Dernière mise à jour : 2017-04-10

Mastodon, réseau social libre et fédéré, fait parler de lui en ce moment, et il serait dommage de ne pas s'y interesser et de lui donner sa chance.

Réseau social et open source

Gros mammouth hilare Mastodon est un outil de réseau social, open source (sous licence AGPL), décentralisé et fédéré.

Hum, ces buzzwords officiels sont un peu arides pour décrire ce nouveau venu.

Mastodon est un outil intuitif, élégant, bien fini, et qui donne envie, et ça, c'est une très bonne nouvelle pour le monde de l'open source en général, et de la tchatche sur Internet en particulier. Mastodon ose quand même débarquer après l'échec retentissant de ses prédécesseurs (libre ou pas), souvent pénibles, toujours moches, incapable de générer de réel enthousiasme. Pourtant, Mastodon n'invente et n'impose rien de nouveau, il suit des normes existantes, et propose une belle UI web et des clients Androïd et iOS.

Mastodon n'est pas un clone cheap (coucou Google+), mais un réel univers qui respecte la plupart des conventions de Twitter (qui même hégémonique recherche toujours un modèle économique) et surtout apporte de nouveaux concepts.

Fédéré

Jabber nous a bien rebattu les oreilles avec l'importance de la fédération (un compte créé sur un serveur peut discuter avec un compte d'un autre serveur), sauf qu'ils ont bien raté les chat rooms. Facebook et Google ont implémenté XMPP, et même proposé (puis lâché) cette fédération qui, clairement, les emmerdait. Résultat, on a eu le contraire, des rooms, mais plus de fédérations, avec des gros machins bien centralisés, massivement utilisés depuis des smartphones. De toute façon, personne n'a jamais compris à quoi pouvait bien servir cette fédération, qu'est ce que ça change d'avoir un compte sur jabber.org ou gmail.com?

Mastodon insiste aussi sur l'importance d'avoir une fédération de serveur, plutôt qu'un seul gros machin pour la Terre entière. Cette fédération n'est pas juste une question de principe, elle permet de regrouper des communautés, qui auront leurs propres principes de modérations, leur propre flot de discussion (appelé "Fil public local"), et la possibilité de bannir d'autres communautés. C'est clairement une approche tribale, enfin sociale réaliste, qui permet d'avoir une notion d'intimité au sein de son groupe.

Social

Mastodon est clairement un outil de micro blogging. Le principe est de produire des billets courts (500 signes), de fait plutôt spontanés, que les autres pourront aimer, faire tourner, ou répondre. Mastodon n'est pas un outil de discussion direct, ou même de chat room.

Hum, à quoi peut bien servir un réseau social? À raconter sa petite vie, à discuter derrière son écran avec des gens que l'on a la flemme d'aller voir en direct, à glander de manière un peu active? Que nenni, un réseau social sert à qualifier des utilisateurs pour ensuite leur refourguer de la pub ciblée, et à planter un thermomètre temps réel dans l'opinion, enfin, un sous-ensemble, une bulle.

Mastodon, outil libre, snobe clairement ce premier point, l'identité n'étant qu'une convention, et il n'y a aucune jointure avec le reste du web et les régies de pub. Le second point est pour l'instant peu exploré, et les échelles des communautés sont clairement trop petites pour représenter quoi que ce soi statistiquement.

Architecture

Mastodon est développé en ruby on rails car le dev en avait marre de patcher du PHP. Il faut quand même rappeler aux libristes, que la cible pour l'hébergement n'est plus les pages gratos de free.fr, époque révolue quand il est possible d'avoir une brique ou une VM à 3€ par mois. Donc, il est possible d'utiliser autre chose que du PHP, fort peu à l'aise dans le traitement de flots.

Mastodon est composé de différents services : web, une application RoR avec son sidekiq pour les traitements asynchrones, stream une application node pour gérer les flots et les websockets. Le tout s'appuyant sur Redis et Postgresql. L'interface est en React, GNU Social, OStatus. Il n'y a pas grand à chose à configurer pour lancer son instance, et il est possible d'utiliser Docker. L'utilisation de ruby et JavaScript sont tout autant orthodoxes. Bref, on est clairement en 2017, et ça fait plaisir à voir.

UX

La vraie surprise de Mastodon, outre l'engouement qu'il suscite et sa rapidité d'adoption, est la qualité de son interface, la finition de son UX (expérience utilisateur). Trop d'applications libres, même efficaces, ont l'UX d'une endive cuite à l'eau, et l'ergonomie d'une Traban. Là, au contraire, Mastodon est une belle application, avec une belle VF, respectant les normes pour s'insérer dans un écosystème existant, et qui donne envie. Ah oui, c'est aussi une application libre, ce qui est très important, mais ne dois jamais excuser la médiocrité.

Libre

Avoir un réseau social libre et distribué permet de communiquer tranquillement, sans avoir à bouffer de la pub, et de compliquer la surveillance, qu'elle soit sociale ou étatique. Linkedin en particulier, mais dans une moindre mesure les autres gros réseaux nous transforment en gros niais consensuels. Vous avez envie que votre futur employeur ou même votre maman soit au courant de toutes les conneries qui passe par votre tête? Tout le monde est schizophrène, il faut juste l'assumer et surtout ne pas tenter de tout masquer derrière un personnage playmobil™.

Libre et décentralisé, ça veut aussi dire qu'il y a une responsabilité de chacun pour que ce projet vive. Ce n'est pas l'argent de poche de Shuttleworth qui paye le loyer de Gargron le lead dev, ni l'hébergement de l'instance officielle. Il n'y a pas de pub, pas de revente de profil à des pubards, pas même de goodies.

Il faut donc penser à participer à la hauteur de ses moyens, en traduction, bug report, correction, support … ou même avec des sous.

Il faut dégraisser le mammouth

Juste pour le plaisir de la citation de ce grand visionnaire.

Mastodon est à minima l'occasion de bien rigoler, et de remettre en cause, même un peu, les gros rouleaux compresseurs hégémoniques de la sociabilisation numérique. Mastodon a besoin de contenu, d'une masse critique d'utilisateurs. Il faut clairement lui laisser sa chance, et profiter à fond de la joie bientôt nostalgique des early adopters.

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